I. Ouverture
du colloque par Yvon BERTEL VENEZIA, Président du Club des 15
Yvon BERTEL VENEZIA :
Le Club des 15 est un groupement de 70 établissements
hospitaliers privés le plus souvent structurés en groupes régionaux
indépendants et autonomes. Le GIE compte 8000 lits, 2500 médecins et 12000
salariés et réalise un chiffre d’affaires d’1 milliard d’euros.
Ces établissements ont pour objectif d’être à la
pointe de la technologie en réinvestissant les produits de leurs performances
de gestion dans l’outil de travail.
Les établissements du Club des 15 représentent une
alternative sérieuse par rapport au secteur public car ils assurent les mêmes
services.
Le Club des 15 participe à toutes les réflexions
sur toutes les évolutions politiques liées à la santé depuis 20 ans.
Les établissements sont tous membres de
Le débat d’aujourd’hui regroupant les représentants
de trois partis politiques majeurs, doit permettre de réfléchir à la
régionalisation de la santé et d’anticiper l’organisation des Agences
Régionales de Santé.
Etant généralement structurés en entités
régionales, les établissements du Club des 15 sont particulièrement sensibles à
cette question qui marquera une évolution majeure dans l’organisation de notre
système de santé.
Je remercie les trois intervenants d’avoir accepté
de participer à ce débat qui sera constructif et instructif.
II. Intervention du Parti Socialiste représenté par Marisol TOURAINE, Députée socialiste
d’Indre-et-Loire.
Marisol TOURAINE :
Je vous remercie de m’avoir invitée à participer à
ce colloque sur la régionalisation de la santé. Pour le Parti Socialiste, la
régionalisation de la santé, dans le prolongement de la loi HPST, se fait en
dehors des Régions et les laisse de côté.
La mise en place des ARS consacre un pouvoir
régional dans le domaine de la santé. Mais alors pourquoi la place des conseils
régionaux n’est-elle pas prévue dans ces Agences Régionales de Santé ?
Au parti socialiste, nous avons pris position depuis
dix ans pour une « Régionalisation du système de santé ». Dans notre
esprit, il s’agissait de coordonner les interventions des structures existant
au niveau régional (URCAM, puis ARH, le SROS...) qui avaient été créés au fil
des années pour traiter régionalement des questions de santé.
Le Parti Socialiste avait présenté des amendements
pour créer des Agences Régionales de Santé dès la loi ‘’Douste-Blazy’’ de 2004.
A cette époque, le gouvernement n’avait pas souhaité s’engager dans cette voix.
Il a fallu attendre la loi ‘’Bachelot’’ de l’an dernier pour créer ces ARS.
Le Parti socialiste qui détient la majorité des
régions ne revendique pas la prise en charge de la politique de santé par les
Régions. Nous ne défendons pas une décentralisation du système de santé, qui
aboutirait à une gestion décentralisée du risque et à la mise en place de
tarifs différents selon les régions.
En revanche, les Régions interviennent à
plusieurs niveaux.
Elles luttent contre les déserts médicaux et aident
à l’installation de professionnels de santé (médecin, kinésithérapeutes, infirmiers)
à travers une politique d’incitation à l’installation et à par la création
de maisons de santé...
Les régions interviennent également en soutenant la
recherche, en aidant à l’investissement pour les gros matériels et en finançant
des structures comme les cancéropôles de manière plus importante que l’Etat.
Au Parti Socialiste, nous étions favorables à la
mise en place des ARS pour plusieurs raisons :
D’abord parce qu’il est nécessaire d’aller vers une
meilleure coordination des soins, entre le secteur public et le secteur privé, mais
aussi entre l’hospitalisation et la médecine ambulatoire ainsi qu’entre le
médical et le médico-social.
Ensuite, parce qu’on a besoin d’une meilleure
visibilité de l’offre des soins. Nos concitoyens se demandent trop souvent où trouver
un médecin, un infirmier ou un kinésithérapeute. Ils ont également besoin de
comprendre comment fonctionne concrètement la permanence des soins.
Enfin parce que les ARS doivent permettre de
garantir une meilleure qualité de prise en charge au niveau de la relation
humaine au patient, de la diminution les délais d’attente (ce qui concerne
surtout le secteur public) ou encore la
lutte contre les infections nosocomiales.
Nous sommes critiques vis-à-vis de la loi HPST
à plusieurs niveaux.
D’une part au niveau de la gouvernance, de pilotage
et du mode de fonctionnement. Le dispositif est trop bureaucratique. L’ARS
devait dépendre d’une agence nationale de santé, qui aurait dû disposer d’une
certaine autonomie. Dans la loi, les ARS seront contrôlées par le Ministre. De
la même manière, le Conseil de surveillance sera présidé par le Préfet de Région
donc par un représentant de l’Etat. Nous considérons que le Conseil de
surveillance devrait être présidé par une personnalité disposant d’une plus
grande latitude par rapport à l’Etat. Les élus des Régions n’étant pas
représentés dans ces conseils de surveillance, le dispositif ne laisse que très
peu de place au contre-pouvoir.
Par ailleurs, nous sommes également critiques face
au projet de loi sur la question de l’articulation avec le réseau des caisses.
Comme le choix de maintien d’un double dispositif s’est imposé, on peut se
demander jusqu’à quel point l’objectif de simplification, de coordination et
d’unification du système va pouvoir être atteint.
Nous sommes enfin particulièrement préoccupés de la
manière dont la loi a fait disparaître les hôpitaux publics. Le terme ‘’hôpital
public’’ n’existe plus dans la loi. Les ARS vont devoir organiser l’offre de
soins hospitalière en structurant la relation entre le secteur public et le secteur
privé ainsi qu’entre les établissements et la médecine ambulatoire. Nous sommes
préoccupés par le fait que les hôpitaux privés auront le choix de participer
aux missions de services public de santé en choisissant la mission qu’ils souhaitent
accomplir, alors que l’hôpital public n’aura pas ce choix ; il doit
prendre en charge la totalité des missions possibles. Au parti Socialiste, nous
considérons que l’hôpital public est le pivot du système de santé. Il garantit
l’égalité d’accès aux soins, l’accueil des populations précaires et la
permanence des soins. Même si l’hôpital privé assure une partie de ces
missions, c’est l’hôpital public qui les couvre dans son ensemble et c’est cela
qui engendre son coût spécifique.
Voilà ce que je souhaitais dire afin de lancer la
discussion. En synthèse :
-
un accord sur le principe de la régionalisation
-
des doutes sérieux sur les modalités retenues pour mettre en place cette
régionalisation en termes de loi HPST
-
des inquiétudes sur l’avenir de l’offre de soins
Le Président remercie Mme TOURAINE de son
exposé à la fois franc et lucide et demande si l’auditoire souhaite poser des
questions à ce stade.
Question d’Alain COULOMB :
Les critiques que vous exprimez au nom du Parti Socialiste
sur l’absence de gouvernance, l’organisation en silo, l’opposition secteur
public contre secteur privé sont les fondements mêmes de la loi.
Ma question est en quoi le PS se distingue-t-il sur
les trois points que vous avez évoqués :
-
Sur la gouvernance
-
Sur l’articulation Etat et Caisses
-
Sur la disparition dans la loi HPST de la notion d’hôpital public. Sur
ce point particulier, je vois dans votre intervention une absence de réalisme. Aujourd’hui
la moitié des hôpitaux publics ne peuvent pas assumer l’ensemble des missions
publiques et il existe des établissements privés qui peuvent eux assumer ces
missions.
Marisol TOURAINE :
Vous ne pouvez-pas à la fois me dire que je
souhaite renforcer l’hôpital public que la loi menace et à la fois me dire que
je ne propose pas d’alternatives au projet du gouvernement.
-
Sur la gouvernance : Ce n’est pas qu’une question de pilotage. La
question est de savoir si on considère que le rattachement à l’Etat ou si l’on
considère que les élus doivent continuer à avoir un rôle central dans la
gestion du dispositif. Ce sont des choix différents. A l’occasion de la
discussion de la loi cela s’est clairement manifesté. La Ministre n’a
d’ailleurs pas caché qu’elle préiviliégiait un modèle plutôt qu’un autre.
-
Sur les caisses, il aurait fallu que l’organisation en silo ne perdure
pas pour l’ensemble du réseau des caisses.
On s’aperçoit à la lecture de la loi que s’il y un conflit entre l’ARS
et les caisses, il n’y a aucun moyen de trancher. Donc il va y avoir évidemment
un certain nombre de difficultés.
-
Sur le troisième point, je suis désolée, la loi ne parle plus d’hôpital
public, elle parle d’établissement de santé qui peut être public ou privé.
Quand on parlait d’hôpital public, on reconnaissait une certaine spécificité à
l’hôpital public. Il y a un cahier des charges qui doit être retenu, qui impose
aux établissements publics de devoir couvrir l’ensemble des charges. Et il
n’impose pas les mêmes contraintes aux établissements privés et en même temps
leur donne les mêmes droits et les mêmes perspectives. Nous sommes en train de
changer de dispositif. L’hôpital public risque d’évoluer vers un système où il
serait réservé à ceux n’ayant pas ‘’les moyens’’ et où les activités lucratives
seraient effectuées en établissement privé. Ce n’est pas notre vision et ce fut
un point d’opposition net avec le gouvernement.
Yvon BERTE-VENEZIA :
J’ai une inquiétude relative à la disparité
potentielle de gestion entre les différentes ARS. Si on s’inspire de ce qui se
passe au niveau des du fonctionnement des Maisons Départementales des Personnes
Handicapées pour lesquelles il existe autant de règles de gestion que de
conseils généraux, on peut légitimement s’inquiéter.
Marisol TOURAINE :
Je ne suis pas d’accord. Il existe un certaine
nombre de différences entre les ARH et pourtant la tutelle du ministère permet
d’de garantir la mise en œuvre d’une politique identique. En revanche, il ne
faut pas empêcher qu’il y ait des orientations différentes entre les régions. Il
existe des réalités locales dont il faut tenir compte.
Max PONSEILLE :
Je souhaite poser deux questions :
-
Comment donner du pouvoir aux élus locaux alors que le choix politique clair
a été celui de la déconcentration et non de la décentralisation ?
-
Quelle place le PS souhaite-t-il attribuer à long terme à
l’hospitalisation privée ?
Marisol TOURAINE :
Concernant le pouvoir des élus locaux, le Parti
Socialiste n’est pas favorable à la décentralisation. Nous ne somme spas
favorables à ce que le Conseil de surveillance des ARS soit présidé par un élu.
Il aurait dû être présidé par une personne qualifiée. En revanche, les élus devraient
avoir une place identifiée à l’intérieur du système.
La démocratie sanitaire n’est pas parfaite mais est
tout de même de la démocratie. Ce n’est pas un modèle idéal mais c’est le seul
type de procédure qui garantit l’association des élus et des usagers.
Au sujet de la place de l’hospitalisation privée,
nous n’avons pas de position idéologique. Le système français fait coexister trois
secteurs : le public, le « privé-privé » et le privé à but non lucratif. Ces trois catégories font la
spécificité du système de santé français qui a fait ses preuves.
Le système de santé est solvabilisé en partie par
la puissance publique (via la sécu). Le secteur public doit par définition assumer
l’intégralité des taches ce qui le rend onéreux.
Il n’est donc pas normal, qu’on permette au secteur
privé de sélectionner des activités lucratives.
Cela-dit, des efforts doivent être faits par le secteur
public en ce qui concerne les délais d’attente, l’organisation ou encore
l’unicité d’interlocuteur. Mais nous ne souhaitons pas passer du système actuel
à un système dans lequel, sous la pression de la rentabilité économique, le socle
de notre système qu’est l’hospitalisation publique se verrait fragilisée.
III. Intervention du MoDem représenté par Robert ROCHEFORT,
Député européen.
Robert ROCHEFORT :
Avant d’être élu européen, j’ai travaillé pendant dix
ans dans le secteur de la santé en tant que responsable des études et statistiques
en CPAM puis comme professeur d’économie de l’assurance maladie à l’université Paris
I puis comme directeur du CREDOC.
Au bout de dix ans, j’ai quitté le secteur en ayant
le sentiment que les choses n’évoluaient pas.
Aujourd’hui, même si les choses évoluent, on
constate surtout que les décisions relatives aux évolutions de la santé sont
monopolisées par les professionnels du secteur.
J’observe une différence fondamentale de point de
vue entre un professionnel de santé et un responsable politique :
-
Un professionnel de santé a un point de vue fonctionnaliste et se demande
comment faire pour que le système de santé fonctionne mieux.
-
Un responsable politique se pose la question de l’objectif démocratique
des choses en prenant en compte les attentes de la population, sachant qu’il a
des comptes à rendre.
La loi HPST est fondée sur le paradigme technicien
et non pas sur l’objectif démocratique.
Cela créé un décalage avec les besoins de l’opinion
publique. La préoccupation ‘’santé’’ de la population est de primordiale.
Dans le domaine de la santé, il ne devrait pas y
avoir d’inégalité. Or on ne peut que constater qu’il existe deux types
d’inégalité :
-
des inégalités entre les régions.
-
Des inégalités d’information mettant des gens dans l’incapacité de
s’insérer dans le bon réseau de soin à un moment précis
Au MoDem, nous sommes d’accord à 80% avec le Parti
Socialiste sur la question de la signification et la compréhension du mot
régionalisation. Il n’est pas envisageable qu’il y ait des taux de cotisation
d’assurance maladie variables d’une région à une autre. Au contraire, il faut égaliser
les moyens entre les régions et faire en sorte que les régions défavorisées
puissent être bénéficiaires de rééquilibrage en matière d’offre de soins.
Nous souhaitons qu’il y ait une implication des
élus dans la question de régularisation du système de santé. La nomination du Directeur
de chaque ARS devrait par exemple être approuvée
par le Conseil Régional. Il devrait également y avoir des élus de collectivités
locales dans les Conseils de surveillance des ARS. Nous souhaitons la mise en
place d’une logique de co-responsabilité dans la gouvernance.
Le MoDem propose que les ARS puissent avoir des
possibilités d’arbitrage et que le pouvoir politique régional puissent intervenir
alors qu’actuellement les ARS apparaissent comme extraordinairement étatiques.
Nous militons pour une responsabilisation qui tienne en compte
des territoires et des réalités locales.
Sur la question de la prévention : ce ne
devrait pas être à l’Etat de piloter mais à la région pour que les plans de
prévention puissent être adaptés à des situations différentes d’une région à
une autre et dont les démographies et les risques morbides sont différentes
Sur la question de la médecine de ville, les ARS se
trouvent avec une responsabilité nouvelle dont la question de leur installation.
Il y a des choses qui ne peuvent être décidées que territoirement. Les médecins
libéraux sont les seuls professionnels en France qui, grâce à leur diplôme
national peuvent lever l’argent public quelque soit le territoire où ils
s’installent. La régulation de leur installation sera une responsabilité
particulière des ARS mais devrait impliquer le pouvoir politique régional et
non pas l’autorité de l’Etat.
En ce qui concerne la lutte contre l’exclusion par
rapport au système de santé, les élus doivent rendre compte à la population de
la question du droit aux soins.
sur la question des établissements hospitaliers,
nous sommes en désaccord avec le Parti Socialiste. Tous les établissements et
professionnels de santé sont à intérêt collectif. Il n’y pas que
l’hospitalisation publique sui répond aux besoins de santé publique.
Voilà les principaux que je souhaitais évoquer
devant vous sur le thème de la régionalisation de la santé et je me tiens à
votre disposition pour répondre à vos questions
Le Président BERTEL-VENEZIA remercie Robert
ROCHEFORT de son intervention et donne la parole à l’assistance.
Yves NOEL :
Mon intervention n’est pas une question mais plutôt
une réflexion. La précédente loi hospitalière de 1991, avait déjà fait
disparaitre le terme d’hôpitaux puisqu’elle créait la notion d’établissements hospitaliers.
Au départ il y avait des établissements de santé publics ou et des établissements
de santé privés et parmi ceux-ci, on trouvait les établissements privés. Il n’a
jamais été dit en France jusqu’à récemment qu’il existait des établissements à
but lucratif. On citait les établissements privés ou établissement privés à but
non lucratif. Les établissements privés ont été transformés en établissements
qui recherchent d’abord le lucre. Ce qui n’est pas valorisant pour notre
secteur et parallèlement, on associe les établissements à but non lucratif à ceux
qui interviennent dans l’intérêt collectif ce qui est un autre glissement regrettable.
IV. Intervention de l’UMP représenté par Michel HANOUN,
Président de la Fédération UMP des métiers de la santé.
Michel HANOUN :
Je souhaite pour ma part revenir sur les objectifs
de la loi HPST en soulignant toutes les évolutions qu’elle a connue.
Le premier objectif de la loi HPST était de faire
une loi sur l’hôpital. Au bout du compte c’est devenu une loi Hôpital, Patient, Santé, Territoire
(HPST).
Il y a 15 ans, tous les partis politiques étaient
favorables à la création des Agences Régionales de « Santé » ou de
« Soins » parce qu’il fallait simplifier d’une part et rapprocher d’autre
part les éléments de la décision. L’objectif était de rapprocher les payeurs (en
particulier l’assurance maladie obligatoire) et ceux qui organisent les
structures et qui décident.
On disait également qu’Il fallait se séparer des
élus, car ils pesaient de tout leur poids politique pour la défense de
l’hôpital public.
Cette démarche devait se faire au niveau de la
région mais personne ne se prononçait sur la question de la mise en place d’une
déconcentration ou d’une régionalisation.
L’idée de déconcentrer consiste à ce que
l’échelon régional concède qu’un certain nombre de décisions soient prises au
niveau national. Les ARH étaient fondées sur ce principe. Il fallait que les
autres aspects : l’ambulatoire et la médecine de ville soient gérées de la
même manière.
Pour ma part, je défendais l’idée d’une
décentralisation, qui a le mérite de mettre les décisions à portée des
responsables et oblige les responsables de rendre des comptes. Cette solution
n’a pas été retenue.
Dans le système choisi, le Directeur de l’ARS sera nommé
en Conseil des Ministres (comme les directeurs de CHU). Ce qui implique qu’il
peut être révoqué le mercredi suivant.
Par ailleurs, le Directeur de l’ARS devra rendre
des comptes à ceux qu’il administre, et à ceux au nom desquels il administre.
Certains souhaitaient que la coordination des ARS avec
l’ensemble du système soit faite à travers une Agence National de Santé.
Si cela avait été le cas, on peut se demander à quoi aurait servi le Ministre
de la Santé.
Au-delà, il faut examiner les valeurs contenues
dans la loi HPST.
En France, l’ensemble du système de soins est constitué
par la médecine ambulatoire, l’hospitalisation publique et l’hospitalisation
privée. L’ensemble du système actuel n’est pas ou peu contesté. La seule piste
d’amélioration si on ne conteste pas cette structuration est de rendre plus
performante son organisation.
En matière d’hôpital public, on compte, environ 1400
établissements hospitaliers qui pour certains ont des difficultés à proposer
des soins correspondant aux besoins de leur territoire. Ils s’inscrivent dans
une concurrence avec la médecine
libérale et les établissements hospitaliers privés. L’idée était d’organiser
des sortes de communautés hospitalières de territoire, c’est-à-dire d’essayer
de rapprocher un certain nombre d’établissements afin qu’ils puissent apporter
des solutions mieux adaptées, échanger des personnels, faire tourner un certain
nombre de possibilités.
L’idée aussi dans la loi était que le public et le
privé puissent fonctionner ensemble sur des secteurs particuliers ce qui
représenterait une réelle avancée dans notre système de santé.
Ensuite, à l’intérieur de l’offre de soins, se posait
la question de la désertification médicale, le problème du fait qu’il y a des
secteurs où il y a de moins en moins de réponses aux besoins sanitaires et
notamment en ambulatoire. L’idée était de faire des schémas régionaux
ambulatoires. On a proposé des maisons de santé qui rassemblaient un certain
nombre de compétences afin d’apporter des réponses en proximité. C’est ce que
la loi permet.
La loi poursuivait également l’objectif de remettre
le patient au centre du dispositif. Elle contient toute une série de
propositions autour de la notion d’éducation thérapeutique, autour du rôle et
de la place des usagers dans les ARS et dans les Conseils de surveillance des
hôpitaux.
La loi n’a pas encore investi l’hôpital. Elle n’est
pas encore appliquée. L’objectif est qu’au printemps on passe de la
préfiguration à la mise en œuvre.
La régionalisation de la santé porte donc
essentiellement sur la mise en œuvre des ARS et sur la nouvelle organisation de
l’hôpital.
Au-delà de cette loi HPST et pour conclure, il faut
vraiment rappeler que le vieillissement de la population, l’augmentation des
moyens techniques dont on dispose et l’augmentation de recours à la santé et
aux soins en général, imposent de mobiliser des ressources supérieures à celles du produit intérieur brut.
Il faut donc toujours se poser la
question de savoir si ce que nous faisons permet la meilleure adéquation possible
entre les moyens dont on dispose et l’offre de soins proposée à nos
concitoyens.
Le Président BERTEL-VENEZIA remercie Michel
HANNOUN de son exposé et ouvre le débat entre les intervenants.
Robert ROCHEFORT : la loi s’intitule
« Hôpital, Patient, Santé, Territoire ». Dans les mots clés utilisés,
il y a deux parents pauvres : le
patient et le territoire, alors qu’on affirme que le patient est au centre du système.
AU MoDem, nous considérons que cette loi est un rendez-vous manqué avec la
restructuration de notre système de santé.
Max PONSEILLE :
Je souhaite insister sur l’importance pour notre
système de santé que le secteur privé puisse participer à des missions de
services publics. Dans certaines régions, les établissements privés participent
activement aux missions de services publics en étant parfois les seuls à
proposer ces services. Faire des missions de service public un monopole de
l’hôpital est contreproductif.
Par ailleurs, les MIGAC qui sont des flux
financiers apparus avec la tarification à l’activité il y a 5 ans, troublent le
fonctionnement de la T2A et en réduisent largement l’effet. En effet, ces MIGAC
faussent la réalité de la tarification à l’activité et progressant chaque année,
réduisent les tarifs. Cela pénalise essentiellement le secteur privé qui ne
bénéficie que très peu des MIGAC.
Docteur HANOUN :
La T2A a été une révolution culturelle à l’hôpital
car elle a mis à jour la part d’activité classique et tout le reste de ce qui
est dépensé à l’hôpital sur les budgets de la santé, en dehors même de la
formation et de la recherche qui sont financés par ailleurs. Il faut laisser le
temps aux hôpitaux d’intégrer cette révolution.
Marisol TOURAINE :
Notre préoccupation au Parti Socialiste est de
sauvegarder les missions de services publics. Les urgences par exemple qui sont
essentiellement effectuées par le secteur hospitalier public génèrent des
dépenses supérieures à l’hôpital. Il y a donc un prix du service public. Même
si la T2A a eu des vertus, nous sommes contre la convergence.
Alain COULOMB :
La France de la santé, des établissements de
terrain régule, innove, trouve des moyens pour garantir la permanence des soins.
Au sommet de la pyramide, la seule réponse est une loi de plus, d’ajouter des décrets, des
circulaires. Nous devons donner un peu plus de respiration au système de santé.
Les ARS devront être intelligents alors que tout les pousse à être dociles.
Yvon BERTEL VENEZIA propose aux intervenants
de conclure par quelques mots plus spécifiquement destinés à l’hospitalisation
privée qui espère qu’enfin un jour on reconnaitra la valeur de sa participation
à notre système de santé.
Marisol TOURAINE :
Le Parti Socialiste fonde beaucoup d’espoir dans
l’avenir de notre système de santé. L’objectif doit être que la prise en charge
de la population française soit assurée sur tout le territoire en tenant compte
d’un certain nombre de valeurs, de solidarité, de réductions des inégalités.
Concernant l’hospitalisation privée, nous souhaitons que chacun puisse prendre
sa place. Le défi est immense : il est financier, organisationnel et
politique.
Robert ROCHEFORT :
En conclusion, je tiens d’abord à rappeler que le
système de santé français est moderne :
-
en l’espace de 30 ans, la santé est devenue un secteur où l’innovation
porte ses fruits.
-
la santé est un puissant secteur économique qui n’est pas soumise aux
délocalisations ce qui est un atout dans la crise actuelle
-
ce n’est pas un secteur où le profit s’impose en règle prioritaire.
Au MoDem, nous souhaitons que l’on trouve des modes
de régulations qui ne consistent pas à singer l’entreprise et les logiques de
concurrences. Le secteur de la santé a besoin d’autres types de régulations.
Michel HANOUN :
Je souhaite conclure avec un proverbe
japonais : « La façade appartient à celui qui regarde la maison et pas
à celui qui l’a construit».Dans mon esprit cela signifie que le secteur de la santé dispose d’une meilleure image que
celle que vous vous imaginez vous qui y êtes en permanence.
Je vous rappelle également que personne ne remet en
cause l’existence du secteur hospitalier privé qui a su être innovant sur un
grand nombre de domaines dont la chirurgie ambulatoire.
Le Président BERTEL-VENEZIA remercie encore
les intervenants de leur participation et donne la parole à Gilles RAFIN de la
société Avenance qui a eu la gentillesse d’organiser la restauration de cette
rencontre de travail.
Gilles RAFIN remercie Yvon
BERTEL-VENEZIA de son accueil et rappelle que la société AVENANCE regroupe
plusieurs métiers autour des services et de la restauration dans et hors de la
santé.
Le pôle santé est constitué de 4
filiales :
· Avenance restauration.
· Hôpital service qui
prend en charge tous les services hôteliers, le nettoyage, la distribution des
repas, la blanchisserie,....
· Services et santé qui
gère les cafétérias, les point presse, les boutiques, les télévisions et la distribution
automatique...)
· FMC chargée de l’accueil,
du standard et de la maintenance...
Le groupe est compte 9000 collaborateurs.
Il invite les participants à se rendre au
buffet.